Comment tout commença!

Comment tout commença!
Rarement, lors de l'apparition d'un nouveau super-héros (ou vilain), vous dévoile-t'on directement ses origines. Ce serait trop facile. Où serait le suspense, la salivation abondante...et la motivation pour acheter le prochain épisode ? Ainsi en est-il du Beauf-goth et de son arrivée dans une scène abasourdie.
Le côté beauf de la démarche ne va pas jusqu'à vous fournir sur un plateau d'argent tout ce que vous demandez mais vous demande un minimum d'effort d'imagination pour enrichir le mythe. Soyez rassurés : vous n'aurez pas à attendre 30 ans, cette interminable attente des origines de Wolverine, mais voilà l'épisode que vous demandiez tous avec insistance : la Genèse du Beauf-goth !

On remarquera bien que j'évite à tout prix le terme de « Mouvement ». C'est à dessein ! Nous n'inventons rien, ni nouvelle musique, ni parti pseudo-politique, ni prise de position en marge de la société, et nous ne voulons surtout pas, même en négatif, être comparé au soit-disant « Mouvement Goth ». NON ! Nous affirmons juste qui nous sommes, ce que nous aimons et comment nous nous démarquons d'une majorité bêlante alternative. Le Beauf-goth, c'est un concept, que chacun peut mitonner à sa manière. Mais il est temps de se pencher sur ces 24 heures qui firent changer le monde...

La paternité du terme et du concept revient à ma collaboration avec Jack the Ripper, personne joviale, érudite et toujours de bonne compagnie s'il en est. En ce jour fatidique du printemps 2004, j'étais son hôte après une soirée fort agréable mais où la qualité du concert offert (la Collection d'Arnelle-Andrea, pour les historiens amateurs) ne fut malheureusement pas suivie d'une période dance équivalente ; je n'en avais pas eu pour mon argent de ce côté-là. Je repensais à tout cela, levé de bonne heure, et résolus d'y apporter un changement salutaire. La « promesse de l'aube » ne porta jamais mieux son nom qu'en ce jour.

Une fois pris conscience de l'existence d'un problème, il fallut en déterminer la cause. Connais-toi toi-même ! disait Socrate. Un rapide effort d'introspection avant les croissants du matin porta les fruits attendus : j'étais devenu complaisant avec moi-même, un suiveur, un mouton...Revenu récemment dans la 'scène dark', quelque peu décontenancé par la vision qu'elle offrait, je n'avais rien trouvé de mieux que d'endosser le pire des styles vestimentaires (chemise-veste-cravate noirs à la darkfolk attitude) par effet d'imitation ; pas s'étonner après que je me sois senti engoncé pour danser, surtout en courant toutes les soirées et leur pot-pourri musical souvent douteux.
MEA CULPA, MEA MAXIMA CULPA !!

Il fallait réagir ! Le Maître nous donna la première inspiration. Marylin Manson avait déclaré vouloir fonder un nouveau mouvement gothique (affirmation qui lui valut la haine des batcaves véreux) et il ne tenait qu'à nous de le prendre au mot, mais certainement d'une manière qu'il n'avait pas envisagée. Jack et moi nous visionâmes alors Tainted Love (la vidéo) et le concept se fit lentement jour. Il importe en définitive assez peu de savoir qui Manson caricaturait dans ce clip : goths, rappeurs ou étudiants conformistes, l'essentiel est l'image qui en sortait. Il nous faudrait adapter le style m'as-tu-vu des rappeurs US à l'univers des soirées dark, se sentir à l'aise physiquement et moralement au milieu des vampires et névrosés de tout poil. Pour cela, du bling-bling en abondance (ah, ce gros M en argent comme pendentif du Maître...), un poil de machisme et de culte du corps (le jacuzzi la nuit comme une alternative à la piscine sous le soleil) et bien sûr, le fric pour faire fonctionner tout ça (limousine, canne avec pommeau). En gros, il nous faudrait nous faire remarquer ; mais, si le 'goth' est anticonformiste, lorsqu'il y en a 100 ensemble, pour se démarquer il faut s'habiller...normalement !!! Habillé comme un goth au milieu des goths, vous suivez le troupeau, la mode. Il fallait sortir de ce cercle vicieux.

Par ce bel après-midi, Jack et moi avions décidé de se mettre en forme avant de retourner en soirée. Nous rendîmes donc grâce dans ce temple du corps qu'est un fitness moderne, Jack avec sa carrure de minotaure ne pouvant se laisser aller en ce domaine. Les muscles gonflés par l'afflux de sang frais, alanguis au sortir d'une douche bien chaude tels les notables romains dans Ben-Hur, il nous apparut clairement que les Anciens pourraient nous en remontrer : un esprit sain dans un corps sain ! Danser toute la nuit, voilà bien un effort physique apte à tremper chemises à jabots et veste en velours. Finir comme un chiffon ? Que nenni! Si le beauf-goth entretient son corps, qu'il soit fier alors d'en dévoiler les parties les plus nobles (j'ai l'impression de parler comme chez le boucher...) : t-shirt sans manches pour rafraîchir bras et épaules, vêtements moulants pour 'montrer la marchandise', se la jouer provoc dans un monde où les idées même de bronzage et de sport sont tabous. L'une de nos formules de propagande était dès lors toute trouvée : « Les beauf-goths : des goths virils et bien bâtis, des goths qui en ont ! »

Un passage rapide chez Maniak concrétisa d'emblée cette aspiration. Pantalon qui moule le cul, top serré au pentagramme bien kitsch renforcé par le pendentif ad hoc...j'étais paré !

Mais, si nous avions changé la forme, le fond nécessitait toujours une réflexion profonde. Nous voulions adapter le style hip-hop aux soirées dark ; du fond de mon esprit surgirent alors les souvenirs de clips bien outranciers dans le genre, et un nom en particulier... Et oui, notre ami Puff Daddy !!
Au-delà des gros balèzes de Harlem entourés de pouffes dans leur caisse décapotable, Puffy représentait l'épitomization du hip-hop imbu de lui-même, le stade ultime, l'exemple même de « Comment se la jouer quand je suis blindé de thunes ? ». Voilà un gars qui a la classe et qui le montre, avec ses montres à 250'000$ et ses pendentifs personnalisés tout en joyaux et représentant le visage du Christ ! Même ses clips : affronter Godzilla en costume-cravate, ou sauter en parachute d'un jet privé pour se retrouver au palais de la Reine de Saba...(faut le voir dans le désert, torse nu sous son costard blanc avec chaîne en or! Version longue ici) Il en devient caricatural, mais on l'admire pour ça ! La dernière pièce du puzzle s'était mise en place : nous deviendrions nous aussi des caricatures. Au lieu du squatteur fauché dans ses haillons noirs du 19e siècle qui peine à réunir ses 3 francs pour une bière, on serait les gars qui sortirons le rouleau de billets de 100.- pour gueuler au comptoir « Hé, barman ! Fais pèter les whisky-cocas pour moi et mes potes ! »
L'une des plus grandes erreurs de la scène dark est de croire que musique/culture alternative entraine automatiquement gauche alternative. Quelle erreur ! Rien n'empêche d'aller cramer le dance-floor sur de l'éléctrodark le compte en banque bien rempli. Sachant que ceux qui n'ont pas de fric sont les premiers à détester ce qu'ils auraient pu s'offrir avec, la provoc du beauf-goth n'en a que plus de saveur. Une bagnole pour transporter les copains, un appartement pour faire les afters, une alignée de bouteilles et de tout ce qu'il faut pour se défoncer... Ouais, l'argent fait souvent le bonheur et son absence le malheur.

Rééquipés moralement et physiquement, nous arrivâmes donc ce soir-là à l'Usine de Genève. Le succès d'estime fut immédiat, la notoriété soudaine. Rien ne serait plus comme avant ! Se connaissant soi-même, il fut aussi plus simple de savoir sur quoi l'on aimait danser. Non plus 3 accords de guitare sèche accompagnés d'une voix larmoyante, mais bien les gros boum-boum d'une éléctrodark entrée de plein pied dans le 21e siècle.
Le Beauf-goth était né !

Quel dommage que les archives de ce jour mémorable (photos et écrits) aient disparus par la faute d'un aigri jaloux ! Dieu merci, la presse écrite a illustré (c'est le cas de le dire) l'esthétique de cette époque (voir photo)!
Mais désormais, vous savez quel fut le chemin qui nous mena ici. Vous pouvez vous aussi le refaire tout en y apportant, c'est important, votre touche personnelle.

Beauf-goth powaaah !

# Posté le samedi 14 juillet 2007 17:54

Modifié le lundi 16 juillet 2007 09:19

Evenement beauf-goth : double concert P.Diddy / Snoop Dogg

Evenement beauf-goth : double concert P.Diddy / Snoop Dogg
J'entends d'ici votre mâchoire inférieure heurter le sol: QUOI, mais ça n'a rien à voir avec le goth tout ça ?!? Ah, pauvres de vous qui devriez mieux relire les deux articles précédents : le beauf-goth n'est pas tenu aux conventions. Mais vous êtes pardonnés, je n'ai pas encore défini par l'affirmative, seulement par la négative. Profitez donc de cette review du concert pour vous familiariser intuitivement avec le concept !

L'idée d'aller à ce concert avait germé quand la bande-annonce était passée au Hallenstadion...juste avant le concert d'Iron Maiden ! J'ai stocké cet info, puis le hasard fit bien les choses : une rencontre improbable, un délire à deux, chiche ? Hélas, la beaufette qui devait m'accompagner s'est désisté au dernier moment... Sachant bien que « souvent femme varie et bien fol est qui s'y fie », j'avais pris la précaution de garder les deux billets chez moi, et c'est ainsi que j'ai pu proposer le 2e à un rappeur (et oui, j'en ai dans mes potes, le beauf-goth n'est pas sectaire !). C'est qu'il n'était pas question de faire de cette journée quoi que ce soit de moins qu'extraordinaire : 2 des plus grosses pointures du hip-hop US pour mon premier concert du genre. Durant le voyage le long d'une campagne enneigée, mon invité prit donc bien soin de me fournir en toutes sortes d'anecdotes et historiques divers. Rhum-cocas à l'arrivée et nous entrâmes dans l'enceinte...

Le temps de s'installer, la première partie fut expédiée. La scène était en 2 parties : l'orchestre au-dessus, et la place pour les vedettes devant, avec 3 grands écrans par-dessus tout ça.
C'est Diddy qui démarra le concert, top classe dans son costume noir. Je nous avais eu des places assises mais, pas de souci, ça n'a pas fait 3 minutes que Puff a bien fait comprendre à tout le monde de lever son cul de sa chaise vite fait ! Ils sont devenus un peu cul-pincé ces temps le staff du Hallenstadion (genre : interdit d'aller devant la scène avec un billet assis !) alors ça nous a bien arrangé : après, je peux vous dire que ça bougeait bien dans les tribunes. Puffy a envoyé ses nouveaux tubes dans la première période. Il n'avait pas pu ramener Christina et Nicole alors les écrans géants passèrent les clips en même temps pour nous rappeler leur plastique impeccable. En même temps, il se donnait bien sur scène, entouré par ses deux danseuses court vêtues, et c'était clair qu'il ne boudait pas son plaisir d'être là, ni nous le nôtre ! Le public était illuminé...littéralement : une marée de téléphones portables pour immortaliser l'instant. Les chansons étaient entrecoupées de plages de...motivation ? Quelques medleys de bon rock (même l'intro de « Smells like teen spirit ») et 2,3 paroles bien senties pour soulever la foule.

Après un moment où on s'était rassis pendant que le boss allait se changer, entra en scène le deuxième larron. Lui n'a pas eu besoin de dire un mot : à son entrée, STANDING OVATION pour Snoop Dogg ! Habillé dans ce qui me semblait un vêtement ample en tissu africain (j'étais assez loin de la scène hélas !), the big Snoop Dogg n'était pas accompagné non plus des little Pussycat (Dolls) , ses collègues de clip. Mais il avait ramené sa version personnelle : un groupe de filles aux jambes bien galbées qui, elles aussi, n'ont pas leur pareil pour danser sur les chaises. Là aussi, les bons tubes s'enchaînèrent, les nouveaux comme les vieux : « What's my name ? » ( Snoop Do-ggy Do-o-ogg !), « Drop it like it's hot ! », “Gin & juice”...C'est là que vous vous demandez “Mais d'où il connaît toutes les chansons, ce beauf-goth éléctro/Métal ? Ma foi, j'ai fait mes devoirs avant de venir pour être sûr d'apprécier la soirée à sa juste valeur : MTV passait la Nuit Diddy vs Snoop dimanche soir ; j'ai maté 2h des meilleurs clips de l'un et l'autre alternativement, j'étais gonflé à bloc lundi ! Et là dans cette patinoire, il y avait le feu ce soir !

Le temps d'échanger quelques amabilités et les mondanités d'usage, les deux stars ont continué le show ensemble, puis chacun leur tour. Diddy en tenue décontracte, puis de nouveau en costard mais gris cette fois, puis Snoop dans une tenue digne des Incorruptibles (ou d'Al Capone) avec un plastron orné des deux GROSSES lettres S et D !
Ce qui rendait le concert unique, en plus de les réunir les deux, c'était le dixième anniversaire des heures noires de la 'guerre du rap' East Coast/West Coast. Des hommages nombreux et appuyés furent rendus à ceux qui ont disparu,Tupac Shakur et Biggie et ils ont culminé vers la fin avec « Every breath you take ! » (I'll be missing you) en quasi version gospel. Pour le coup, c'est notre souffle à nous qui était coupé, et nos tripes qui nous serrèrent lorsque chacun pensa à ses proches et amis disparus... Après ce moment de recueillement, le concert termina en apothéose et tous les artistes vinrent ensemble comme au théâtre saluer la foule en liesse.
C'était pas un concert : c'était UN PUTAIN DE SHOW, 2h30 de spectacle ! Nous en sortîmes sonnés, impressionnés...heureux, oui ! Conscients d'avoir vécu un moment unique !

Pour ceux qui n'écoutent pas de hip-hop, si à cette lecture vous avez pensé « J'aurais voulu y être ! », réjouissez-vous : vous avez déjà l'esprit beauf-goth, l'attrait de la nouveauté et le rejet du sectarisme. Nous en reparlerons bientôt.

# Posté le mercredi 21 mars 2007 20:06

Modifié le jeudi 22 mars 2007 05:30

Définir un beauf-goth (2): le goth comme antithèse

Définir un beauf-goth (2): le goth comme antithèse
L'historique ayant été fait, le bon grain a été séparé de l'ivraie : nous pouvons à présent naviguer parmi les différentes dénominations associées aux soirées alternatives et cibler les moutons noirs (darkfolk-néofolk, abrégé DF/NF) et les brebis galeuses (batcave-deathrock, abrégé B/D) du troupeau.
Nous avons vu comment un courant mourant a tenté de se régénérer en en vampirisant d'autres bien plus dynamiques. Nous allons maintenant approcher de plus prés la psychologie individuelle pour voir en quoi le beauf-goth devra se distinguer de ces individus méprisables.

Le goth est sectaire
Que nul ne s'y laisse prendre à la lecture de l'article précédent ! Les goths ne se sont pas ouverts à d'autres influences pour se diversifier, ils ont juste accaparés leur image dark pour profiter de l'amalgame. En réalité, on pourrait leur appliquer la célèbre citation de Michel Serrault dans Garde à Vue : « Les médiocres se résignent à la réussite des êtres d'exception, mais celle de l'un des leurs, ça les horripile ! » (cité de mémoire)
Ainsi, c'est tout juste s'ils tolèrent l'éléctro dans les soirées 'goth'. Ce courant a beau être l'un des plus vivants, des plus dansants et des plus demandés, il est systématiquement dénigré comme du simple « Boum-boum », une torture pour leurs oreilles habituées aux sanglots longs des violons de l'automne et aux guitare neurasthéniques. Vous risquez l'opprobre publique à demander un bon Suicide Commando en dehors des quelques minutes réglementaires accordées pour pouvoir accoler le label « All styles » à leur soirée.
Rammstein, Evanescence ou Marilyn Manson, eux, sont clairement persona non grata, et ne parlons même pas de Nightwish ou Cradle of Filth, des hérauts de la scène Métal style dark (frauduleusement appelée gothic-métal par les vampirisateurs).
Nos 'amis' NF/DF vont plus loin : pour dégoûter les 'importuns', les soirées deviennent privées, à réservation, ou à dress-code strict digne d'une réception au Lausanne-Palace.

Le goth est anachronique
Il est anachronique dans le sens « dépassé par son époque ». Cela ressort clairement du paragraphe précèdent et de cette haine de jeunes groupes qui réussissent en sautant par-dessus les frontières établies naguère. C'est encore plus flagrant par l'attitude régnant sur les forums contrôlés par cette engeance : ils suent le mépris de la jeune génération. La jeunesse est un état d'esprit, non une ligne dans l'état-civil, mais nous parlons là de l'arrogance avec laquelle sont renvoyés d'où ils viennent les adolescents dont la passion pour les quelques groupes évoqués ci-dessus les désignent à la vindicte populaire. QUOI, tu ne connais pas Joy Division, Bauhaus, ou Dieu sait quel groupe disparu en 1981 ?!? Peu leur importe que ces groupes mythiques, cultes, phares ou Dieu sait comment il les appellent aient disparu depuis plus de 25 ans (soit bien avant la naissance même des interpellés !!) : qui ne connaît pas par c½ur les origines du goth n'a pas droit de cité sur un forum goth, ou alors en fermant sa gueule le temps qu'on leur lave le cerveau en remplaçant Manson par des groupes inconnus et introuvables.

Le Goth est élitiste
Ca ressort de ce qui précède, bien sûr : pas de nouvelle musique, de nouvelle influence, de nouveaux membres...mais pas seulement ! Le goth s'y croit parce qu'il se croit cultivé. Vous savez ce qu'on dit : la culture, c'est comme la confiture, moins on en a et plus on l'étale ! Alors imaginez un type déjà sectaire et hargneux (hargneux d'appartenir à une race en voie de disparition...Genre la dernière tribu Néanderthal entourée par les Cro-Magnon) et faîtes-lui lire un peu de poésie romantique, un rien de philosophie allemande (Nietzsche, très tendance chez les NF/DF...à tort bien sûr), quelques romans bien écrits (Dracula de Bram Stoker, Anne Rice,...)... Vous créez un monstre ! Un monstre d'orgueil et de complexe de supériorité.
On ne sait pas vraiment si cette attitude est la cause ou la conséquence de la gothitude ; en revanche, on sait que c'en est un des caractères-clés. Il se renforce par le goût musical ; quand vous recherchez les groupes les plus underground, quand vous insultez ceux qui aboutissent à la reconnaissance du public (avec cette formule lapidaire : « Ils sont devenus commerciaux ! », le crime ultime), quand vous jouissez d'être 15 ou 20 sur Terre à connaître l'album sorti voilà des années , jamais réédité en CD, et dont le passage d'un morceau sur le dance-floor l'a vidé à part 3 personnes maquillées à la Crow, CA c'est être élitiste (et dans le tout mauvais sens du terme).
L'attitude du goth envers les médias procède du même état d'esprit : une attitude hautaine toute de mépris. C'est simple : leur esprit, borné bien qu'élitiste, ne saurait appréhender le 4e pouvoir. Ne sachant pas se servir des médias (à l'inverse des beauf-goths, passés maîtres en ce domaine), cultivant la peur, la méfiance et le silence à leur égard, ils en deviennent forcément les victimes consentantes et expiatoires. Mais c'est ce qu'ils veulent ! Beaucoup de goths finissent atteints du fameux Syndrome de Massada (voir : Massada) , à savoir la faculté de se créer des ennemis imaginaires (les journalistes, les 'autres', leurs propres amis,...) et de faire couler l'adrénaline en se croyant dos au mur, seul contre tous ! Hautains envers les journalistes, ils refusent toute interview, tout reportage, bien conscients que la réalité des clichés les décrivant n'échappera pas à un professionnel de l'image et du son. La nature ayant horreur du vide, il est normal que les adversaires prennent la place refusée par les supporters. Et on obtient alors une image sombre (bien goth, quoi !) et péjorative. Le goth, un nuisible à la société ? Non, ce serait lui faire trop d'honneur ; mais on est loin de l'ami des arts et de la culture pour lequel il rêverait de se faire passer.

Le Goth est hypocrite
L'hypocrisie du goth, à l'image de son ego, est surdimensionnée. Elle s'exprime de différentes manières : prenons déjà cette histoire de clichés médiatisés ! Chaque communauté musico-culturelle est vue par la majorité silencieuse sous un prisme qui fait ressortir ses traits les plus marquants. Ainsi, les métalleux sont vus en priorité comme de grosses brutes avinées beuglant et souvent sataniques. S'en plaignent-ils ? Que nenni ! Au contraire, entre les t-shirts où une miss s'enfile un crucifix en s'exclamant « Fuck me, Jesus ! » et ceux sur lesquels des vikings à doubles haches proclament fièrement « Rejoins la guerre contre le christianisme ! », le métalleux se tape de son image. Le punk aussi. Le rappeur prend souvent comme une fierté de passer pour une racaille. Mais le goth dans tout ça ?
Les clichés sur les goths abondent et on en a passé certains en revue. Pour le reste, le Crobard vous renseignera (leur lien gothique). Ca vous fait rire ? Seulement jusqu'à ce que vous reconnaissiez vos connaissances dans le tableau des pathologies (certains cumulent d'ailleurs !). En quoi ces clichés goth sont-ils donc différents ? Tout simplement parce qu'ils les nient totalement, ne voyant souvent dans ceux-ci qu'un acharnement des médias à leur égard (C'est plus Massada, c'est Caliméro !). Et pourtant... Un tour rapide sur le forum gothisant le plus proche vous le confirmera, les threads « Film préféré », « Livres préférés », « Balades préférées » vous fourniront toujours les mêmes réponses : Underworld, Entretien avec un Vampire (et on se déchire pour savoir si le film vaut le bouquin), Dracula, du Anne Rice, du Poppy Z. Brite, et je garde donc pour la bonne bouche l'innénarrable « Moi, j'aime bien aller lire le dimanche dans un cimetière » qu'une fille ne manquera pas de sortir... Automutilation, attirance pour Satan : sacrebleu, ça abonde ! Quelque modérateur plus malin tente alors de les museler 'pour éviter la mauvaise réputation'. Trop tard !
Le comportement est à l'avenant : assoiffés de romantisme mais se désaltérant à l'alcool, cette pseudo-noblesse termine immanquablement par vomir ses tripes, et en général partout sauf aux toilettes (ce qui donne : dans le lit des hôtes de l'after, dans votre voiture quand vous le ramenez,...). Ah, qui dira le plaisir immonde de contempler un wannabe dandy en chemise et cravate se roulant dans sa propre gerbe...Dégueulasse !
Et bien sûr, le sexe : element essentiel de la vie, des soirées, des fêtes s'il en est ! Oui, sauf que la version officielle est que ce n'est plus comme avant, quand on faisait la cour, qu'on utilisait des mots raffinés, alors que désormais, ce n'est plus que le « T'es bonne toi ! » et cie du hip-hop...Les Marquises de Pompadour et autre Valmont et Merteuil de bas étage s'en tiennent-ils à leurs propres règles ? On les voit au contraire, encombrés par leurs frou-frous, patauger dans les 3cm de pisse des toilettes exigües d'une salle alternative pour tirer un coup rapide.
Tout un chacun aime s'amuser et est passé par là, tout cela ne porterait donc pas tant à critique, on l'a bien compris, si les élitistes ne souhaitaient incarner une version supérieure de la jeunesse qui s'amuse. Au contraire, ils en incarnent les pires travers. Qui veut faire l'ange fait la bête ! Des hypocrites au dernier degré...
Et ne parlons même pas des NF/DF ! Arborant symboles sur symboles controversés (des jolies runes, une cravate classe avec une croix de fer,...), ils n'osent revendiquer ce qui se cache derrière, prétextant la provocation gratuite. « Dans une ville, il vaut mieux savoir compter sur quelques personnes dévouées que d'avoir la confiance de la foule versatile » disait le Führer à la conquête du pouvoir : il ne pourrait plus compter sur personne de nos jours, Dieu merci ! Leurs dénégations frénétiques à la moindre publicité les montrent pour ce qu'ils sont : des asticots se vautrant dans le pus et fuyant lorsque le scalpel médiatique ouvre l'abcès où ils se cachent.

Le Goth est un pseudo-intellectuel
Qu'est-ce qui diffère un pseudo-intellectuel d'un vrai ? Le faux se contente de quelques morceaux choisis, souvent des clichés, dont il use et abuse pour se faire mousser en société. En revanche, il se révèle incapable de soutenir une vraie conversation : aucune profondeur. Ou alors on sent poindre la mythomanie derrière des récits étonnants mais volontiers outranciers. Pas étonnant avec ça que la moyenne d'âge n'augmente pas en soirée : quand on prend de la bouteille, ça saoule (sans jeu de mots) de passer des études d'avocats la semaine aux idiots déguisés le week-end. Ne reste plus alors, au-delà des teen-agers, que les vieilles araignées accrochées au batcave, les dragueurs creux, les mythos...et parfois un nouveau venu, attiré par la façade culturelle, et qui s'en retournera assez vite d'où il vient, une fois fait le bilan de ce qu'il a trouvé.

Le Goth est triste
Répétons-le une fois encore : nulle mention dans cet article de tous les joyeux drilles qu'on peut rencontrer en soirée dark ! Nous parlons bien de la sous-sous-culture B/D : des clowns tristes, dont les regards torves en disent long sur ce qu'ils pensent des 'envahisseurs', de ceux qui, croient-ils, trahissent leur idéal culturel sectaire et élitiste. Traînant avec eux la mélancolie chronique de certaines années 80s, ils sont une inspiration sans bornes pour des ados qui confondent causes et conséquences d'être dark : ainsi s'engendrent année après année les nouvelles générations de nécrogoths, le terme qui décrit les hanteurs de cimetières, ceux qu'on voit prostrés dans leur coin en soirée, ceux qui croient que la dépression amène à la créativité, que l'élitisme doit se nourrir de la misanthropie, qu'une douleur intérieure doit s'exorciser avec une douleur physique,...Ainsi, la plus pure expression du Goth pourrait être cette mascotte d'un de leurs sites que j'ai rajoutée en photo : accroupie dans son coin, l'air dépressif avec sa bouche stylisée en cicatrice d'auto-mutilation (manière de dire : Je ne vais pas l'ouvrir pour vous parler...). Franchement, ça donne l'image d'une envie de faire la fête ? On dirait plutôt une réclame pour une émission de télé-réalité dénonçant à juste titre les ravages de la goth-attitude sur des esprits jeunes et encore impressionnables.
Tout l'inverse des beauf-goths donc !

Après cette longue introduction sur ce que n'est pas le beauf-goth, la suite...au prochain numéro !

# Posté le lundi 12 mars 2007 16:21

Modifié le mardi 13 mars 2007 01:01

Définir un beauf-goth (1): les racines du mal

Salutations à tous, et spécialement aux Suisses Romands, bien que la notion de beauf-goth soit internationale (ou du moins va le devenir)!

Le beauf-goth fait partie de ces notions qu'il est souvent plus aisé de définir par ce qu'ils combattent que par ce qu'ils représentent. Le préfixe "beauf" n'étant pas ici à prendre au pied de la lettre (le beauf gras du bide, buveur de bière affalé devant un match de foot) mais plutôt comme synonyme de "anti". Nous y voilà donc: l'ennemi du beauf-goth, c'est le goth...mais pas n'importe lequel!

Il nous faut maintenant faire un bref historique du goth pour recadrer les choses.
Tout d'abord, qui que vous soyez, vous devez absolument savoir: LE MOUVEMENT GOTH, CA N'EXISTE PAS!!! Mais j'anticipe...
Au commencement donc était le punk. Des mecs crados qui prétendaient se révolter (presque les altermondialistes de l'époque, l'aberration politique en moins) en choquant par une musique répétitive et bruyante, des vêtements déchirés et des cheveux colorés. La contestation n'ayant qu'un temps (il faut bien manger, et c'est cool d'avoir du fric), la transition se fit avec 2 courants toujours représentés au sein du pseudo-mouvement goth:
- le Deathrock qui garde les voix criardes et les accords de guitares aigus, ainsi que le côté non-esthétique (crado pourri donc) du punk
- la new-wave dont les Cure est l'emblème et qui s'est construit sur les ruines du punk (avec des transfuges comme Siouxsie & the Banshees) en transformant "No future!" en "Présent de merde!": le côté dépressif et sombre était né. Ce courant s'appelle désormais Batcave.
Parallèlement, l'évolution de la technique avait amené le synthétiseur. Des groupes de musique éléctronique se sont donc formés (Depeche Mode) sans le moins du monde adhérer à un mode de vie triste et sombre, mais en partageant les clubs alternatifs et le goût du noir vestimentaire (Black is beautiful). Cette proximité , les contacts entre artistes et le développement de la techno sous toutes ses formes ont fini par fondé un courant à part et particulièrement dynamique: l'éléctrodark.
On trouve aussi des admirateurs de musique médiévale (!) originale ou modernisée.
Enfin, il existe un courant appelé Néofolk ou Darkfolk dont la musique est lente, ennuyeuse et répétitive, et dont le principal trait est l'apparente politisation (ou la provocation imbécile et obstinée, on ne sait pas vraiment) des groupes et des fans en référence aux années 30 et à la grandeur de l'Europe. En vrai, ça donne des types en pseudo uniformes noirs qui exaltent les 'valeurs européennes' alors qu'ils n'ont même pas fait leur service militaire... Pathétique! S'il fallait se référer aux années 30,on pourrait dire que ceux-là se seraient arrêtés au 30 juin 1934 (la Nuit des Longs Couteaux. Revoir "Les Damnés" de Visconti pour en avoir une meilleure idée).

Tous les acteurs ayant été présentés, passons au noeud du problème!
Et oui, quid du "goth" dans tout ça? On y arrive.
Il s'avère qu'au début des années 90, le duo Barcave/Deathrock était en pleine perte de vitesse, pour ne pas dire en plein marasme (ça ne s'est guère arrangé depuis, rassurez-vous!). On ne sait pas vraiment d'où c'est sorti, tout comme on ne connait pas exactement les origines du virus Ebola ou du SIDA, mais quelqu'un a eu une idée pour sauver ces courants des poubelles de l'Histoire: on allait ré-inventer la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf! Puisque tous ces courants fondamentalement différents partageaient quand même un style de vie 'alternatif' et des lieux de réunion et de concerts communs, on allait essayer de tous les amalgamer, sans leur demander leur avis, en un seul gros machin dont les Batcave/Deathrock mourants prendraient la tête pour se régénérer: le 'mouvement' goth était né.
Sous cette appellation, ils ont ratissé large, certes! Non seulement tous les genres musicaux déjà nommés mais également toutes les références culturelles de ceux-ci: aux vampires et cimetières des goths de base (désormais, puisque vous avez été affranchis, l'étiquette "goth" s'appliquera uniquement aux Batcave/Deathrock), on ajoute les films de Tim Burton, le médiévalisme, le romantisme du 19e siècle et son fameux 'spleen' (ou comment justifier historiquement être un dépressif crétin-chronique), les films allemands de l'entre-deux guerre,... et aussi toutes les habitudes vestimentaires: si vous mettez du noir, vous êtes catalogué: un goth (HORREUR!!)

Cette phagocitation a accouché d'un monstre: ayant perdu toute spécificité, les différents courants partagent à présent tous leurs défauts dans un pool commun: ainsi, peu importe que vous alliez en soirée éléctro avec une tenue urbaine en camo noir, l'étiquettage "goth" fait de vous des néo-nazis, des dépressifs auto-mutilants, des 'corbeaux', et j'en passe! Les médias s'y trompent également, dont la dénonciation des courants à risque influe sur l'image de tous.

Etre beauf-goth, c'est refuser cette destinée!
C'est montrer qu'on peut encore s'amuser et sortir pour écouter une musique alternative sans s'embarasser des clichés de la 'scène', sans subir le diktat des vieux batcaves décrêpis et de leurs lèche-bottes juste post-pubères. C'est oser la classe, la couleur, le tape-à l'oeil, l'ouverture culturelle.

La prochaine fois: une caractèrisation plus poussée des goths sectaires et élitistes.

# Posté le samedi 03 mars 2007 11:08