Rarement, lors de l'apparition d'un nouveau super-héros (ou vilain), vous dévoile-t'on directement ses origines. Ce serait trop facile. Où serait le suspense, la salivation abondante...et la motivation pour acheter le prochain épisode ? Ainsi en est-il du Beauf-goth et de son arrivée dans une scène abasourdie.
Le côté beauf de la démarche ne va pas jusqu'à vous fournir sur un plateau d'argent tout ce que vous demandez mais vous demande un minimum d'effort d'imagination pour enrichir le mythe. Soyez rassurés : vous n'aurez pas à attendre 30 ans, cette interminable attente des origines de Wolverine, mais voilà l'épisode que vous demandiez tous avec insistance : la Genèse du Beauf-goth !
On remarquera bien que j'évite à tout prix le terme de « Mouvement ». C'est à dessein ! Nous n'inventons rien, ni nouvelle musique, ni parti pseudo-politique, ni prise de position en marge de la société, et nous ne voulons surtout pas, même en négatif, être comparé au soit-disant « Mouvement Goth ». NON ! Nous affirmons juste qui nous sommes, ce que nous aimons et comment nous nous démarquons d'une majorité bêlante alternative. Le Beauf-goth, c'est un concept, que chacun peut mitonner à sa manière. Mais il est temps de se pencher sur ces 24 heures qui firent changer le monde...
La paternité du terme et du concept revient à ma collaboration avec Jack the Ripper, personne joviale, érudite et toujours de bonne compagnie s'il en est. En ce jour fatidique du printemps 2004, j'étais son hôte après une soirée fort agréable mais où la qualité du concert offert (la Collection d'Arnelle-Andrea, pour les historiens amateurs) ne fut malheureusement pas suivie d'une période dance équivalente ; je n'en avais pas eu pour mon argent de ce côté-là. Je repensais à tout cela, levé de bonne heure, et résolus d'y apporter un changement salutaire. La « promesse de l'aube » ne porta jamais mieux son nom qu'en ce jour.
Une fois pris conscience de l'existence d'un problème, il fallut en déterminer la cause. Connais-toi toi-même ! disait Socrate. Un rapide effort d'introspection avant les croissants du matin porta les fruits attendus : j'étais devenu complaisant avec moi-même, un suiveur, un mouton...Revenu récemment dans la 'scène dark', quelque peu décontenancé par la vision qu'elle offrait, je n'avais rien trouvé de mieux que d'endosser le pire des styles vestimentaires (chemise-veste-cravate noirs à la darkfolk attitude) par effet d'imitation ; pas s'étonner après que je me sois senti engoncé pour danser, surtout en courant toutes les soirées et leur pot-pourri musical souvent douteux.
MEA CULPA, MEA MAXIMA CULPA !!
Il fallait réagir ! Le Maître nous donna la première inspiration. Marylin Manson avait déclaré vouloir fonder un nouveau mouvement gothique (affirmation qui lui valut la haine des batcaves véreux) et il ne tenait qu'à nous de le prendre au mot, mais certainement d'une manière qu'il n'avait pas envisagée. Jack et moi nous visionâmes alors Tainted Love (la vidéo) et le concept se fit lentement jour. Il importe en définitive assez peu de savoir qui Manson caricaturait dans ce clip : goths, rappeurs ou étudiants conformistes, l'essentiel est l'image qui en sortait. Il nous faudrait adapter le style m'as-tu-vu des rappeurs US à l'univers des soirées dark, se sentir à l'aise physiquement et moralement au milieu des vampires et névrosés de tout poil. Pour cela, du bling-bling en abondance (ah, ce gros M en argent comme pendentif du Maître...), un poil de machisme et de culte du corps (le jacuzzi la nuit comme une alternative à la piscine sous le soleil) et bien sûr, le fric pour faire fonctionner tout ça (limousine, canne avec pommeau). En gros, il nous faudrait nous faire remarquer ; mais, si le 'goth' est anticonformiste, lorsqu'il y en a 100 ensemble, pour se démarquer il faut s'habiller...normalement !!! Habillé comme un goth au milieu des goths, vous suivez le troupeau, la mode. Il fallait sortir de ce cercle vicieux.
Par ce bel après-midi, Jack et moi avions décidé de se mettre en forme avant de retourner en soirée. Nous rendîmes donc grâce dans ce temple du corps qu'est un fitness moderne, Jack avec sa carrure de minotaure ne pouvant se laisser aller en ce domaine. Les muscles gonflés par l'afflux de sang frais, alanguis au sortir d'une douche bien chaude tels les notables romains dans Ben-Hur, il nous apparut clairement que les Anciens pourraient nous en remontrer : un esprit sain dans un corps sain ! Danser toute la nuit, voilà bien un effort physique apte à tremper chemises à jabots et veste en velours. Finir comme un chiffon ? Que nenni! Si le beauf-goth entretient son corps, qu'il soit fier alors d'en dévoiler les parties les plus nobles (j'ai l'impression de parler comme chez le boucher...) : t-shirt sans manches pour rafraîchir bras et épaules, vêtements moulants pour 'montrer la marchandise', se la jouer provoc dans un monde où les idées même de bronzage et de sport sont tabous. L'une de nos formules de propagande était dès lors toute trouvée : « Les beauf-goths : des goths virils et bien bâtis, des goths qui en ont ! »
Un passage rapide chez Maniak concrétisa d'emblée cette aspiration. Pantalon qui moule le cul, top serré au pentagramme bien kitsch renforcé par le pendentif ad hoc...j'étais paré !
Mais, si nous avions changé la forme, le fond nécessitait toujours une réflexion profonde. Nous voulions adapter le style hip-hop aux soirées dark ; du fond de mon esprit surgirent alors les souvenirs de clips bien outranciers dans le genre, et un nom en particulier... Et oui, notre ami Puff Daddy !!
Au-delà des gros balèzes de Harlem entourés de pouffes dans leur caisse décapotable, Puffy représentait l'épitomization du hip-hop imbu de lui-même, le stade ultime, l'exemple même de « Comment se la jouer quand je suis blindé de thunes ? ». Voilà un gars qui a la classe et qui le montre, avec ses montres à 250'000$ et ses pendentifs personnalisés tout en joyaux et représentant le visage du Christ ! Même ses clips : affronter Godzilla en costume-cravate, ou sauter en parachute d'un jet privé pour se retrouver au palais de la Reine de Saba...(faut le voir dans le désert, torse nu sous son costard blanc avec chaîne en or! Version longue ici) Il en devient caricatural, mais on l'admire pour ça ! La dernière pièce du puzzle s'était mise en place : nous deviendrions nous aussi des caricatures. Au lieu du squatteur fauché dans ses haillons noirs du 19e siècle qui peine à réunir ses 3 francs pour une bière, on serait les gars qui sortirons le rouleau de billets de 100.- pour gueuler au comptoir « Hé, barman ! Fais pèter les whisky-cocas pour moi et mes potes ! »
L'une des plus grandes erreurs de la scène dark est de croire que musique/culture alternative entraine automatiquement gauche alternative. Quelle erreur ! Rien n'empêche d'aller cramer le dance-floor sur de l'éléctrodark le compte en banque bien rempli. Sachant que ceux qui n'ont pas de fric sont les premiers à détester ce qu'ils auraient pu s'offrir avec, la provoc du beauf-goth n'en a que plus de saveur. Une bagnole pour transporter les copains, un appartement pour faire les afters, une alignée de bouteilles et de tout ce qu'il faut pour se défoncer... Ouais, l'argent fait souvent le bonheur et son absence le malheur.
Rééquipés moralement et physiquement, nous arrivâmes donc ce soir-là à l'Usine de Genève. Le succès d'estime fut immédiat, la notoriété soudaine. Rien ne serait plus comme avant ! Se connaissant soi-même, il fut aussi plus simple de savoir sur quoi l'on aimait danser. Non plus 3 accords de guitare sèche accompagnés d'une voix larmoyante, mais bien les gros boum-boum d'une éléctrodark entrée de plein pied dans le 21e siècle.
Le Beauf-goth était né !
Quel dommage que les archives de ce jour mémorable (photos et écrits) aient disparus par la faute d'un aigri jaloux ! Dieu merci, la presse écrite a illustré (c'est le cas de le dire) l'esthétique de cette époque (voir photo)!
Mais désormais, vous savez quel fut le chemin qui nous mena ici. Vous pouvez vous aussi le refaire tout en y apportant, c'est important, votre touche personnelle.
Beauf-goth powaaah !
Le côté beauf de la démarche ne va pas jusqu'à vous fournir sur un plateau d'argent tout ce que vous demandez mais vous demande un minimum d'effort d'imagination pour enrichir le mythe. Soyez rassurés : vous n'aurez pas à attendre 30 ans, cette interminable attente des origines de Wolverine, mais voilà l'épisode que vous demandiez tous avec insistance : la Genèse du Beauf-goth !
On remarquera bien que j'évite à tout prix le terme de « Mouvement ». C'est à dessein ! Nous n'inventons rien, ni nouvelle musique, ni parti pseudo-politique, ni prise de position en marge de la société, et nous ne voulons surtout pas, même en négatif, être comparé au soit-disant « Mouvement Goth ». NON ! Nous affirmons juste qui nous sommes, ce que nous aimons et comment nous nous démarquons d'une majorité bêlante alternative. Le Beauf-goth, c'est un concept, que chacun peut mitonner à sa manière. Mais il est temps de se pencher sur ces 24 heures qui firent changer le monde...
La paternité du terme et du concept revient à ma collaboration avec Jack the Ripper, personne joviale, érudite et toujours de bonne compagnie s'il en est. En ce jour fatidique du printemps 2004, j'étais son hôte après une soirée fort agréable mais où la qualité du concert offert (la Collection d'Arnelle-Andrea, pour les historiens amateurs) ne fut malheureusement pas suivie d'une période dance équivalente ; je n'en avais pas eu pour mon argent de ce côté-là. Je repensais à tout cela, levé de bonne heure, et résolus d'y apporter un changement salutaire. La « promesse de l'aube » ne porta jamais mieux son nom qu'en ce jour.
Une fois pris conscience de l'existence d'un problème, il fallut en déterminer la cause. Connais-toi toi-même ! disait Socrate. Un rapide effort d'introspection avant les croissants du matin porta les fruits attendus : j'étais devenu complaisant avec moi-même, un suiveur, un mouton...Revenu récemment dans la 'scène dark', quelque peu décontenancé par la vision qu'elle offrait, je n'avais rien trouvé de mieux que d'endosser le pire des styles vestimentaires (chemise-veste-cravate noirs à la darkfolk attitude) par effet d'imitation ; pas s'étonner après que je me sois senti engoncé pour danser, surtout en courant toutes les soirées et leur pot-pourri musical souvent douteux.
MEA CULPA, MEA MAXIMA CULPA !!
Il fallait réagir ! Le Maître nous donna la première inspiration. Marylin Manson avait déclaré vouloir fonder un nouveau mouvement gothique (affirmation qui lui valut la haine des batcaves véreux) et il ne tenait qu'à nous de le prendre au mot, mais certainement d'une manière qu'il n'avait pas envisagée. Jack et moi nous visionâmes alors Tainted Love (la vidéo) et le concept se fit lentement jour. Il importe en définitive assez peu de savoir qui Manson caricaturait dans ce clip : goths, rappeurs ou étudiants conformistes, l'essentiel est l'image qui en sortait. Il nous faudrait adapter le style m'as-tu-vu des rappeurs US à l'univers des soirées dark, se sentir à l'aise physiquement et moralement au milieu des vampires et névrosés de tout poil. Pour cela, du bling-bling en abondance (ah, ce gros M en argent comme pendentif du Maître...), un poil de machisme et de culte du corps (le jacuzzi la nuit comme une alternative à la piscine sous le soleil) et bien sûr, le fric pour faire fonctionner tout ça (limousine, canne avec pommeau). En gros, il nous faudrait nous faire remarquer ; mais, si le 'goth' est anticonformiste, lorsqu'il y en a 100 ensemble, pour se démarquer il faut s'habiller...normalement !!! Habillé comme un goth au milieu des goths, vous suivez le troupeau, la mode. Il fallait sortir de ce cercle vicieux.
Par ce bel après-midi, Jack et moi avions décidé de se mettre en forme avant de retourner en soirée. Nous rendîmes donc grâce dans ce temple du corps qu'est un fitness moderne, Jack avec sa carrure de minotaure ne pouvant se laisser aller en ce domaine. Les muscles gonflés par l'afflux de sang frais, alanguis au sortir d'une douche bien chaude tels les notables romains dans Ben-Hur, il nous apparut clairement que les Anciens pourraient nous en remontrer : un esprit sain dans un corps sain ! Danser toute la nuit, voilà bien un effort physique apte à tremper chemises à jabots et veste en velours. Finir comme un chiffon ? Que nenni! Si le beauf-goth entretient son corps, qu'il soit fier alors d'en dévoiler les parties les plus nobles (j'ai l'impression de parler comme chez le boucher...) : t-shirt sans manches pour rafraîchir bras et épaules, vêtements moulants pour 'montrer la marchandise', se la jouer provoc dans un monde où les idées même de bronzage et de sport sont tabous. L'une de nos formules de propagande était dès lors toute trouvée : « Les beauf-goths : des goths virils et bien bâtis, des goths qui en ont ! »
Un passage rapide chez Maniak concrétisa d'emblée cette aspiration. Pantalon qui moule le cul, top serré au pentagramme bien kitsch renforcé par le pendentif ad hoc...j'étais paré !
Mais, si nous avions changé la forme, le fond nécessitait toujours une réflexion profonde. Nous voulions adapter le style hip-hop aux soirées dark ; du fond de mon esprit surgirent alors les souvenirs de clips bien outranciers dans le genre, et un nom en particulier... Et oui, notre ami Puff Daddy !!
Au-delà des gros balèzes de Harlem entourés de pouffes dans leur caisse décapotable, Puffy représentait l'épitomization du hip-hop imbu de lui-même, le stade ultime, l'exemple même de « Comment se la jouer quand je suis blindé de thunes ? ». Voilà un gars qui a la classe et qui le montre, avec ses montres à 250'000$ et ses pendentifs personnalisés tout en joyaux et représentant le visage du Christ ! Même ses clips : affronter Godzilla en costume-cravate, ou sauter en parachute d'un jet privé pour se retrouver au palais de la Reine de Saba...(faut le voir dans le désert, torse nu sous son costard blanc avec chaîne en or! Version longue ici) Il en devient caricatural, mais on l'admire pour ça ! La dernière pièce du puzzle s'était mise en place : nous deviendrions nous aussi des caricatures. Au lieu du squatteur fauché dans ses haillons noirs du 19e siècle qui peine à réunir ses 3 francs pour une bière, on serait les gars qui sortirons le rouleau de billets de 100.- pour gueuler au comptoir « Hé, barman ! Fais pèter les whisky-cocas pour moi et mes potes ! »
L'une des plus grandes erreurs de la scène dark est de croire que musique/culture alternative entraine automatiquement gauche alternative. Quelle erreur ! Rien n'empêche d'aller cramer le dance-floor sur de l'éléctrodark le compte en banque bien rempli. Sachant que ceux qui n'ont pas de fric sont les premiers à détester ce qu'ils auraient pu s'offrir avec, la provoc du beauf-goth n'en a que plus de saveur. Une bagnole pour transporter les copains, un appartement pour faire les afters, une alignée de bouteilles et de tout ce qu'il faut pour se défoncer... Ouais, l'argent fait souvent le bonheur et son absence le malheur.
Rééquipés moralement et physiquement, nous arrivâmes donc ce soir-là à l'Usine de Genève. Le succès d'estime fut immédiat, la notoriété soudaine. Rien ne serait plus comme avant ! Se connaissant soi-même, il fut aussi plus simple de savoir sur quoi l'on aimait danser. Non plus 3 accords de guitare sèche accompagnés d'une voix larmoyante, mais bien les gros boum-boum d'une éléctrodark entrée de plein pied dans le 21e siècle.
Le Beauf-goth était né !
Quel dommage que les archives de ce jour mémorable (photos et écrits) aient disparus par la faute d'un aigri jaloux ! Dieu merci, la presse écrite a illustré (c'est le cas de le dire) l'esthétique de cette époque (voir photo)!
Mais désormais, vous savez quel fut le chemin qui nous mena ici. Vous pouvez vous aussi le refaire tout en y apportant, c'est important, votre touche personnelle.
Beauf-goth powaaah !
